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SEEPH 2018 : en finir avec la discrimination des femmes !

Etre femme et handicapée : double peine ! Dans un récent rapport, le Défenseur des droits conclut que les femmes en situation de handicap sont particulièrement exposées aux attitudes hostiles au travail et discriminées dans l’accès à l’emploi. 43% y ont été confrontées (article en lien ci-dessous). C’est donc le thème majeur -également l’emploi accompagné et alternance ou apprentissage-, qui a été choisi pour la 22ème Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées qui se tient dans toute la France du 19 au 25 novembre 2018. Cette SEEPH affirme vouloir « enfoncer la porte » sur ce sujet.

Un choix volontairement « discriminant »

LADAPT, initiateur de l’évènement, et Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA), association mobilisée depuis longtemps contre la violence faite aux femmes handicapées, ont fait ce choix volontairement « discriminant». « On est discriminant pour permettre la visibilité de la situation de femmes parce ce n’est pas normal, qu’aujourd’hui, dans notre pays, on n’arrive pas à l’évoquer et à avancer là-dessus », s’indigne Éric Blanchet, directeur général de LADAPT. Parmi les 514 000 demandeurs d’emploi en situation de handicap, 47 % sont des femmes. « Une population qui doit faire l’objet d’une attention toute particulière », réaffirme Marc Desjardins, directeur du Fiphfp (Fonds pour l’emploi des personnes handicapées dans le public), qui dit, malgré tout, observer une évolution plutôt « encourageante » dans le secteur public. La part des femmes parmi les bénéficiaires de l’obligation d’emploi (BOE) -240 000 au total dans la fonction publique- y est en effet passée de 48% en 2010 à 62% en 2017. Elles représentent 77% des BOE dans les collectivités territoriales.

Des employées peu qualifiées

Ce n’est pas un « petit sujet, selon Éric Blanchet. Ça apporte une certaine couleur car l’emploi des personnes handicapées reste un sujet très masculin ». Brigitte Bricourt, présidente de FDFA, se dit « très à l’écoute de cette problématique » et explique avoir rencontré Sophie Cluzel et Muriel Pénicaud à ce sujet. « Lorsque les femmes se heurtent à l’emploi, c’est souvent tout en bas de l’échelle ». Constat confirmé par le Défenseur des droits en 2016 : « L’augmentation des femmes dans les catégories socioprofessionnelles inférieures (ouvrières) et leur surexposition aux maladies professionnelles peut accentuer ces freins dans leur carrière ». Beaucoup sont en catégorie C, des emplois peu qualifiés. « Plus on monte dans la hiérarchie, moins il y a de femmes handicapées », poursuit Brigitte Bricourt. Comme chez les « valides », non ? Chez les cadres, si 10% des hommes reconnus handicapés sont cadres (contre 21% des hommes en général), il n’y a que 1% de femmes cadres (14% de l’ensemble des femmes en emploi). L’un des objectifs est donc de les faire monter en qualification. Brigitte Bricourt, qui fut DRH, affirme que les bons sentiments ne suffisent pas : « Il faut un accompagnement des managers mais aussi des salariés ».

Trop d’autocensure

Globalement, « peu de femmes handicapées ont des réussites reconnues », soulignait le Défenseur des droits. Et l’absence de modèle positif alimente « les phénomènes d’autocensure ». Ces freins sont parfois intériorisés et assimilés à des signes de normalité par les femmes. Normal d’être moins payée, d’être recrutée à un poste moins qualifié à compétences égales, de s’occuper des enfants… Brigitte Bricourt confirme : « Le problème, c’est que beaucoup restent en retrait et se disent ‘je ne suis pas compétente’ et pensent qu’elles sont mieux à la maison. » Pour certaines, il ne s’agit pas de retour mais tout simplement d’accès à l’emploi.

Une brillante égérie

La SEEPH 2018 a choisi son égérie. Elle s’appelle Lucie Jarrige et apparait sur l’affiche, sa prothèse bien en évidence. Son slogan : « Son handicap ne l’a pas empêchée de développer ses compétences ». À 15 ans, elle a un cancer de l’os du genou et une infection causée par le staphylocoque et doit être amputée de la moitié d’une jambe. Durant sa maladie, elle a un déclic. « Je me suis dit : je veux pouvoir être utile, découvrir de nouveaux médicaments pour soigner les gens », explique la jeune femme. Elle obtient une licence de chimie et un master en synthèse organique. « Je vais poursuivre ma carrière et faire une mission de recherche à l’étranger, aux USA ou en Europe. Ensuite, je reviendrai en France réaliser mon rêve, être directrice de recherche », assure-t-elle. En plus de son brillant parcours, Lucie est championne du monde handi-escalade, catégorie « amputé jambe » en 2016.

Des données « genrées »

Pour tous, l’absence de chiffres officiels « genrés » (qui tiennent compte du sexe) empêche une étude précise de la situation et ne permet pas de savoir si les dispositifs actuels d’embauche ou de maintien dans l’emploi sont adaptés à la situation des femmes en situation de handicap. « C’est une demande qui reçoit un écho très important », confirme Emmanuel Constans, président de LADAPT. L’association a donc interpellé le gouvernement pour que les statistiques de l’emploi soient désormais « genrées ». Objectif d’une telle requête ? Savoir de quoi on parle mais surtout adapter l’offre à la demande et faire en sorte que les femmes trouvent un environnement de travail favorable à leur situation. Selon Éric Blanchet : « On le voit à travers les formations qui sont proposées, et il a fallu se battre pour permettre aux femmes de sortir de leur isolement parce que, en province, faire une formation lorsqu’on est maman, handicapée et parfois seule, c’est très compliqué ». La souplesse de certains dispositifs comme la formation ouverte à distance (FOAD) permet de concilier plus facilement vie pro et privée, tout comme les récentes mesures prises par le gouvernement en faveur du télétravail. La mise en place de l’emploi accompagné laisse également augurer de nouvelles perspectives pour le maintien dans l’emploi des salariées en situation de handicap. « La clé de leur autonomie financière et de leur intégration sociale », selon Éric Blanchet.

Un livre blanc

L’objectif de cette SEEPH 2018 est également d’aider et informer les entreprises qui, dans certaines situations, sont totalement désarmées, et rapprocher différents acteurs sur un sujet méconnu « ou sur lequel on n’a pas trop envie d’aller car il n’est pas simple, explique le DG de LADAPT. Mais c’est aussi permettre aux managers d’ouvrir ce dossier et aux femmes de trouver leur place. » LADAPT organise un comité de réflexion #TousCitoyennes, qui vise la rédaction d’un livre blanc pour « sensibiliser le politique car, sinon, derrière, ça a du mal à suivre », conclut-t-il.

Les femmes au programme

Parmi les centaines de manifestations organisées du 19 au 25 novembre dans toute la France (lien ci-dessous), citons quelques évènements qui font la part belle aux femmes :

• Conférence d’ouverture de la SEEPH en présence de Sophie Cluzel, Secrétaire d’État en charge des personnes handicapées, le 19 novembre de 9 à 13 heures, au Grand Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris.
• Forum « L’inclusion dans tous ses états », conférences, informations, stands, ateliers participatifs dont un atelier #TousCitoyennes, témoignages, le 20 novembre à Caen (14)
• Journée Handi Réussites21 novembre à Paris (75) dédiée spécialement aux rencontres entre entreprises et candidates (networking et Handicafé© géant, sur inscription uniquement)
• Conférence« L’emploi des femmes en situation de handicap », 22 novembre à Clermont-Ferrand (63)
• Table ronde et débat « Femmes, emploi et handicap : Comment évoluer dans l’entreprise ou entreprendre ? », 22 novembre, Avignon (84)

 

 

Par Handicap.fr / Emmanuelle Dal’Secco, le  

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